francophones, citoyens, alternatifs et cons


Club Sunae

Suna, sunae, f : représentant d’un courant vaguement littéraire, artistique et philosophique non excluant exigeant de ses membres un prolapsus de la pensée dans le but de décorseter le regard porté par chacune et chacun sur leur univers observable.  L’expression qui naîtra de ce regard sera sans artifice, sans préjugé et sans concession. Assumer sa qualité de Suna est une première application de cette maxime, puisqu’en revêtant ce titre nullement distinctif, le Suna devra se contempler dans le miroir pour accepter et embrasser sa condition d’anus retroversé.

Club, clubs, m : encas composé de deux étages de garniture, séparés par des tranches de pain. Il est normalement coupé en triangles, qui sont disposés à la verticale, la pointe vers le haut, et retenus par des cure-dents.


De la qualité des Sunae

La présente charte s’adresse à tous les tocards, à tous les crevards, à tous les porteurs, à tous les bras cassés, à tous les amoureux de la coupe mulet, à tous les moustachus, à tous les tatoués(rs), à toutes les adoratrices de Satan, de Jésus, de Mahomet, de Bouddha, du Shabbat, d’Erzulie, de l’En Avant Guingamp, du FC Sion, des Nordiques de Québec et du Tout Puissant Mazembe, à tous les acteurs et actrices pornographiques, à tous les rats de bibliothèques, à tous les culs-bénis, à tous les Michel, à toutes les Michelle, à tous les taxidermistes, à toutes les femmes ménopausées et à tous les autres qui comme nous, francophones; citoyens, alternatifs et cons, rêvent de devenir experts en expertise afin donner leurs avis sur tout et sur rien, sur rien et surtout sur tout, sur tout et surtout sur rien.

A travers cette charte, nous nous engageons pleinement à défendre, aduler, admirer, fantasmer sans distinction de race, de sexe, d’âge et de religion :

Les femmes à barbe d’obédience kibanguiste, les raélien.e.s, les experts des émissions de décryptage, les experts en émission de décryptage, les experts en décryptage, les experts en émissions, les gens cools, les gens chiants, les mecs en or, les Hapsatou, les Eric, les Michel, les Mohammed, les Rachelle, les Bernard, les Amwoze, les Jean-Hugues, les Fatoumata, les Kevin, les Marie-Chantale, les Jean-Claude, les Gédéon, les Xi, les Parisien.ne.s et leur ville toute grise, la gochiasse, les zadistes, la droite qui assume assumer, les prisonnier.ère.s politiques, l’oud, les bobos, les végans, les toreros, la culture mainstream, les producteurs de Justice, les services d’assainissement de la ville de Niamey, les promot·eurs·trices de l’écriture épicène, les fans d’Edbanger, les électeur.trice.s Kanaks, les fans d’Almodovar, ceux qui au fond les aiment bien les bourbines, les lecteurs des Cahiers du Cinéma, les analphabètes, les illettré.e.s, le programme spatial congolais, le plateau Mont-Royal, le plateau de Dakar, le plateau du Larzac, les montagnes belges, les spectateurs réguliers des courses de Formule 1, les corporate, les locuteurs de l’Esperanto, ceux et celles qui entretiennent leurs réseaux sur Linkedin, ceux et celles qui entretiennent leurs amours sur Linkedin, le TGV marocain, ceux et celles qui pensent que les Africains ont la pêche et sont souriants, ceux qui mettent des photos d’eux en fond d’écran, les humanitaires onusiens non imposables au train de vie de banquiers de la City, RFI, le VIP-ROOM, les dépanneurs, les makis, les taptaps, Christine Ockrent, Alain Minc (pour son sens politique), Alain Madelin (pour son sens politique), Alain Delon (pour son sens politique), Alain Mabankou (pour son sens politique), Alain Prost, Alain Afflelou, Alain Souchon, Franz Fanon (pour son sens politique), Soundiata Keita (pour son sens politique), Maurice Richard (pour sons sens politique), la Communauté Territoriale de Guyane, les jeunes libertaires, calmes, frais et dispos de Canal + Afrique, Caraïbes, France et Europe, les élèves boursiers de la Kedge Business School, les Québécois plus fédéralistes que les Ontariens et qui trouvent que ouais en général les gens de l’Alberta et du Saskatchewan ont bien la classe, les migrantes et les migrants, les participant.e.s au 4L Trophy, les juniors entreprises de la francophonie, les programmes ‘jeunesse’ de la Radio Télévision Nationale Guinéenne (RTG), les joueurs de polo, les Américain.e.s du Nord, du Sud, du Centre et de la Caraïbes, les Wallon.ne.s qui trouvent scandaleux de mal parler le Néerlandais, les punks-à-chiens, ceux qui cassent du sucre sur l’album fétiche Tintin au Congo, tous les délateurs.trices des musiques d’ascenseur chez Monoprix, Damart, la Migros, Delhaize, Jean Coutu, Tati et la Halle aux Chaussures, ceux qui utilisent ‘savoir’ pour dire ‘connaître, tous ceux et celles qui viennent d’Afrique et volent du fric, les agent.e.s des aéroports de Saint-Pierre et de Miquelon, les accents, les fanatiques de Romain Duris, ceux qui parlent d’expatrié.e.s pour les occidentaux et d’immigré.e.s pour les autres, les Français.e.s de Manhattan qui déclinent en stories leur difficile adaptation de la vie à l’étranger, ceux qui postent des vidéos de chats, celles qui les relaient et ceux qui les commentent, les trolls du Darknet, celles et ceux qui ont pleuré la mort d’Eric Rohmer, les anti-corridas, les anti-sectes, François Fillon et sa femme, Ali Bongo et sa femme, Daniel Ortega et sa femme, Laurent Gbagbo et sa femme, Donald Trump et sa femme, Angela Merkel et sa femme, les ports-francs de Genève, les anti-américains, les nostalgiques de Pantani qui ne déplorent pas le dopage, les abonné.e.s à The Economist, les Centristes, les partisanes et les partisans, la fashion week de Bangui, les encarté.e.s, ceux qui n’ont plus rien, ceux qui paradoxisent le paradoxe, les conformistes de l’anticonformisme, les créolophones, ceux qui prononcent ‘Van Gogh’ Van Go, les jeunes révolté.e.s épris.es de Gainsbourg, Serge, Charlotte, Bambou et tous les autres et ceux qui leur préfèrent Patrick Chamoiseau, les poètes disparus du Poke sur Facebook, les archéologues de la Tektonik, les blogueur.euse.s citoyen.ne.s, les défenseurs des animaux et ceux qui aiment les bouffer, les dubitatifs de l’émission « Man VS Wild », les femmes de grande courtoisie mais de petites vertus, celles et ceux qui urinent sous la douche sous prétexte d’économiser la ressource en eau, les converti.e.s de l’expérience client, les naturopathes, les tendres ingénu.e.s amateur.trice.s du sacro-saint combo sarwel-bolasses bâton-du-diable cracheurs de feu buveur.euse.s de 33 Export, Castel, Chimay, Primus, Stella, Guilux, Kronembourg, les vénérateur.trice.s du regretté groupe Tryo, les korafola, les Nantais.e.s.  

Tout individu se reconnaissant dans la présente liste ou considérant avoir été injustement oublié est invité à se faire connaître fissa.

Tout candidat au Club se présente sans crainte devant ses représentants : exprimer sa volonté de suner est le seul diplôme, titre, laissez-passer, arbre généalogique requis pour revêtir le costume de super tocard et prendre place aux côtés des Sunae dans leurs carrés VIP réservés dans tous les meilleurs salons de danse et de fête que comptent les territoires de la francophonie, urbains, ruraux et péri-urbains.

Si nulle qualité préalable n’est requise autre que le souhait sincère de suner, prendre part aux Sunae exige du candidat de prendre conscience des principes qui tendent la peau vibrante du collectif, de les investir, de les faire vivre, de les défendre s’ils sont mis à mal, de les interroger et les démasquer s’ils sont détournés.

On ne naît pas [suna], on le devient

Bernard Kouchner, célèbre gastro-entérologue

Devenir Suna, c’est s’engager moralement. “On ne naît pas anus, on le devient” se plaisait à dire Bernard Kouchner, célèbre gastro-entérologue, entre deux shootings photo le sac de riz à l’épaule et il avait raison le man.

Les Sunae incarneront leur frémissante qualité de sphincter par leur témoignages, leurs créations, leur art et leur prose, usant de l’ensemble des moyens d’expressions auxquels ils jugeront bon d’avoir recours.

Ils moqueront les puissants sans négliger de se moquer d’eux-mêmes, ils mettront sous la lumière la plus crue les renoncements, les compromissions, les hypocrisies.

Sans honte de se trouver dans une posture chevaleresque légèrement puérile, dès lors que les Sunae auront identifié la nécessité de s’exprimer, ils devront refuser la mise sous le tapis de l’objet de leur réflexion ; ils ne pourront se satisfaire du silence ambiant. Si l’envie leur prend, ils embrasseront le beau, le sensible, la malice. Mieux vaut prendre le risque d’être la Star Academy du journalisme gonzo que de brider un talent qui ne demande qu’à éclore.