Par Article Sponsorisé


Il est 10h45, dans une banlieue pavillonnaire de Toulouse. Emmanuelle, 34 ans, journaliste pour France 3 Occitanie, prend son petit-déjeuner dans son jardin à la pelouse rase, déjà jaunie par le soleil du sud.

Café au lait et tartine pour bien commencer sa journée. Elle ouvre le pot de confiture d’orange avec gourmandise. Beurk, de la moisissure. Direction : poubelle ! De toute façon, ses placards sont bourrés à craquer depuis le début du confinement, ça fera de la place, tant mieux. Elle pourra aller chercher les autres provisions qu’elle a stockées dans la cave.

Tout en plongeant sa tartine de beurre dans la tasse de café, elle repense à ce matin, à la boulangerie et sa rencontre fortuite avec la voisine d’à côté, Claudine. Y’a eu comme un blanc. Claudine l’a toisée et a murmuré quelque chose dans sa barbe. Emmanuelle, elle, a gardé la tête bien haute : « la honte doit changer de camp ». Claudine n’a pas dû digérer qu’Emmanuelle appelle le 17 pour signaler le barbecue que Claudine et son mari avaient organisé, en invitant leurs enfants qui vivent dans la commune d’à côté. Ça rigolait, ça parlait fort, ça ne respectait pas du tout les gestes barrière. 

Emmanuelle aussi aimerait bien voir sa famille et ses amis, mais non, si on ne veut pas que Vigoulet-Auzil devienne le foyer infectieux que les habitants de la Seine-Saint-Denis ont fait de leur banlieue, ça demande de l’effort. « Notre maison brûle, et on regarde ailleurs » se dit Emmanuelle à elle-même. 

« La honte doit changer de camp »

Emmanuelle, citant Emmanuelle.

Elle se rappelle les mots de feu Stéphane Hessel, qu’elle avait dû lire dans un résumé d’article il y a quelques années, mais qui l’avait marquée : « indignez-vous » disait le vieux bonhomme. Elle se sent indignée ce matin, et ça fait du bien. 

Emmanuelle ouvre son ordinateur pour commencer sa journée de travail. 

Elle allume Twitter. Wow, y’a de l’agitation ici. Apparemment une vidéo fait un buzz. En tout cas, toutes les associations d’extrême gauche relaient les mêmes images accompagnées d’appels qui ont cette intonation qu’Emmanuelle déteste par-dessus tout. Elle fait des blagues avec ses collègues, elle appelle ça “la contestation ouin-ouin”. “C’est scandaleux ouin-ouin”, “l’État est injuste ouin-ouin”…

N’empêche qu’Emmanuelle a la curiosité bien piquée, et elle se dépêche de visionner la vidéo en question.


La vidéo du scandale dans laquelle un homme à terre et menotté attaque 8 policiers ainsi que “Adolf”, leur chien.

Bon, on voit des policiers interpeller un homme. De manière effectivement un peu musclée. Franchement ils ne font pas ça pour s’amuser généralement. Ils sont pleins, cela devait être quelqu’un de dangereux, sinon pourquoi y aurait-il huit flics et un chien autour du même bonhomme ? Et puis il n’a pas l’air de complètement se laisser faire. Et qu’est-ce qu’il faisait dehors d’abord ? On est en confinement ou quoi ? 

Emmanuelle sent la colère monter, comme un élan, un appel irrépressible à la vérité et à la justice, ce qui fait qu’elle se lève tous les matins. Aujourd’hui, elle le sait, elle fera du grand journalisme. 

« C’est scandaleux ouin-ouin »

Emmanuelle, lanceuse d’alerte et de tendances.

12h00 de la même journée. Réunion de rédaction, sur zoom bien sûr. Emmanuelle écoute patiemment chacun de ses collègues proposer des sujets. Une nonagénaire qui fabrique des masques dans le Gard, « merci Bertrand pour ce super sujet, c’est accepté » . Fabrice propose de traiter les dates d’ouverture des plages, « merci Fabrice, n’oublie pas de rappeler les règles de sécurité, ça reste l’angle principal pour nous ». Justine voudrait parler d’un truc d’oiseaux protégés. « Yes Justine, ça marche, tu peux continuer ». Ça a l’air super chiant. Emmanuelle déteste cette écologie à la Brigitte Bardot. Les animaux OK, mais la priorité c’est quand même les humains, non ? C’est pas en regardant les pâquerettes et en écoutant les oiseaux qu’on va construire le monde d’après. Elle tapote des doigts sur la table et essaye de ne pas avoir l’air trop exaspérée sur la webcam. 

Enfin, la rédac l’interpelle : « Alors Emmanuelle, tu as quoi sous le coude de par chez toi ? »

C’est le moment. Elle prend une grande inspiration et déclare : « J’ai envie de m’attaquer au sujet d’une fake news, qui tourne en ce moment sur Twitter. On y voit des policiers interpeller un homme dans la rue. Les associations de victimes hurlent à la violence policière, dans le déni le plus total de la présomption d’innocence et au risque de créer du chaos dans ce contexte d’insécurité et de vulnérabilité des personnels qui sont en première ligne. J’ai envie de fouiller. Aller au bout du sujet. Croiser les sources, prendre de la hauteur… » la rédac la coupe : « OK ça marche, faut avoir tout ça pour 15h00. Bon, c’est parti les loulous, à ce soir ! On reste concentré ! »


« Le but du journalisme n’est ni de déplaire ni de complaire. C’est de remuer la plume dans la plaie ».
Extrait, Les Dossiers de l’Audiovisuel, Patrick Poivre d’Arvor

13h30. Emmanuelle coupe son Facebook. Elle a un peu de culpabilité. Elle aurait dû se mettre sur son dossier depuis longtemps, mais de fil en aiguille, ça a dérapé, elle a regardé un bout d’une série, s’est lancée dans la préparation de lasagnes bolognaises, a appelé sa mère. Il lui reste 1h30 et elle a encore rien produit. C’est peut-être ça, l’état de sidération dont parlait cette autrice qu’Emmanuelle affectionne tant, Leila Slimani. Elle aussi peut-être qu’elle se sent « privée de mots, de sensation », qui la pousse elle aussi à « regarder de manière compulsive les informations »

Mais le sens du devoir reprend le dessus. 

Emmanuelle essaye d’appeler le poste de police. Elle n’arrive pas à joindre directement les agents concernés. Par contre, Gérard, le réceptionniste, quand il apprend qu’elle est journaliste à France 3, se permet de lui raconter sa version. Il n’y était pas, mais autant dire que c’est le sujet n°1 de toutes les discussions de la pause-café. Il lui conseille aussi d’appeler le syndicat Alliance Police Occitanie, et lui donne même les coordonnées de Christophe, qui « est super sympa et n’a pas peur du politiquement correct ». Ça, ça plaît à Emmanuelle. Elle sent l’adrénaline qui coule dans ses veines tandis que Gérard lui épelle le nom du Christophe en question et son numéro de téléphone personnel. 

Emmanuelle décide de faire une pause. Un épisode de sa série préférée dure 20 minutes, avec un bon café et une clope, ça sera parfait. Elle reprendra après, l’esprit ouvert et fertile. Elle avait vu dans une vidéo quelque part que les grands génies ne bossaient que deux à trois heures par jour, qu’ils faisaient des grandes ballades, qu’ils étaient loin d’être les bourreaux de travail qu’on projette. Tiens, ça lui donne envie d’essayer de retrouver la référence.


14h15. OK, ça commence à être chaud. Elle prend son téléphone et appelle Christophe. Ça sonne dans le vide. Merde. Elle retente, une fois, deux fois, trois fois. Pause clope. Quatrième fois… c’est la bonne ! La voix enrouée de Christophe répond, Emmanuelle se présente avec ce ton incisif qui impressionne le quidam. 

Christophe est accueillant. Il est content de l’angle que propose Emmanuelle pour traiter le sujet. Il la remercie même de faire son métier avec cette conscience citoyenne qu’il manque parfois à ses confrères. 

Emmanuelle pianote frénétiquement sur son clavier tandis que le bonhomme déballe son sac. C’est parfait, elle a tout ce qu’il faut. 


14h45. Et c’est bouclé ! Emmanuelle se relit, une fois, deux fois. C’est nickel. Le ton est neutre, mais le lecteur averti comprendra entre les lignes ce qui est à charge. Elle l’envoie à la rédac. Une bonne chose de faite.

Comme il est tôt, elle se dit qu’elle a le temps de se faire des cupcakes pour le goûter. 


Retrouvez l’intégralité de l’enquête signée Emmanuelle :


NDLR : 373 commentaires sur Twitter plus tard, qui demandent tous, en résumé, si « la journaliste travaille directement pour Alliance Police ou quoi », l’article est modifié pour y intégrer deux autres points de vue : celui d’un autre syndicat (CFDT) ainsi que celui de Jean-François Mignard président d’honneur de la ligue des droits de l’homme (LDH) à Toulouse.

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