Le bureau national des statistiques chinois, Pékin, Chine

Reportage : Comment expliquer la faible mortalité du Covid-19 en Chine ? Les chiffres ont-ils été manipulés ? Par qui sont collectées, traitées et analysées les données Covid-19 dans l’Empire du Milieu ? Autant d’énigmes qu’a tenté de percer le Club Sunae.


Par Moussounda Thembani


Au cœur de la Cité Interdite, un immense bunker au 8e sous-sol. De puissants néons projettent une lumière blafarde qui agresse les murs en béton brut qui s’enfilent sur des kilomètres de coursive. À chacun de ses pas, les talons de ma guide Zhi Zi, assènent de grands coups secs qui vrombissent dans le vide à la recherche d’un écho qu’ils ne rencontreront pas.

Si les concepteurs du bâtiment avaient voulu scénariser à outrance l’angoisse qui se dégage du moindre centimètre carré de ce lieu à l’architecture communiste typique, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Après dix minutes de marche souterraine, Zhi Zi, se fige devant une immense porte blindée. Nous y sommes, il s’agit de l’entrée du Bureau national des statistiques chinois qu’aucune plaque n’annonce.

Un des lieux les plus sécurisés de l’appareil d’État chinois

Zhi Zi est fière de me faire remarquer que la porte s’est ouverte automatiquement à son passage alors que nous sommes supposés pénétrer dans un des lieux les plus sécurisés de l’appareil d’État chinois. Le système de reconnaissance facial y est si performant qu’il a relégué les antiques pointeuses et autres badges sécurisés au rang de vieilleries qui garnissent désormais les étals des brocantes ou les présentoirs de musées à la gloire des travailleurs du pays.

Un des couloirs menant au Bureau national des statistiques chinois, quelque part sous la Cité Interdite

Ce qui frappe instantanément lorsque l’on traverse l’immense hall d’entrée du Bureau national des statistiques chinois est ce calme olympien qui y règne. Pas âme qui vive. Pas le moindre ornement. Pas le moindre bruit ou la moindre fioriture. À mille lieux de l’image de la fourmilière dont je m’étais figuré à quoi une administration qui collecte et analyse les données de près de 1,4 milliard de personnes pouvait ressembler.  Seule, au fond de cette pièce sordide sans ouverture sur l’extérieur, trône une secrétaire assise sur l’unique chaise de la pièce derrière un bureau en formica d’un autre temps.

Comme Zhi Zi, les traits de son visage m’évoquent ceux des Ouïgours du Xingjang. Mais comme Zhi Zi elle se présente avec un prénom on ne peut plus Han, Ju Hui. Au-dessus d’elle s’étalent les portraits des directeurs successifs que cette prestigieuse administration placée sous l’autorité directe du Secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) a vu défiler depuis sa création en 1949.

En 71 ans d’existence, 20 directeurs et 5 directrices s’y sont succédé. Je dévisage l’un après l’autre les portraits de ces femmes et hommes hauts-fonctionnaires à la mine sérieuse avant de m’arrêter sur la photo du directeur actuel. Ce front protubérant, ce port altier, ces yeux exorbités, ces longs bras sinueux qu’il croise à mi-corps ne me laissent aucun doute possible sur son identité. Je le remets immédiatement : il s’agît de Paul le poulpe.

A la tête du Bureau national des statistiques, un poulpe, Paul le poulpe

Paul le poulpe, aussi surnommé « l’oracle d’Oberhaussen » s’était fait connaître du grand public durant la coupe du monde de football en 2010 où il avait prédit avec justesse les résultats d’une incroyable série de 8 matches successifs parmi lesquels la victoire finale de l’Espagne dans la compétition.

Statistiquement, Paul le poulpe n’avait que 1 chance sur 256 (soit 0,391%) de prédire correctement l’issue de ces 8 rencontres. Les Chinois n’ont pas hésité longtemps.

Pékin a très vite compris l’intérêt stratégique que pouvait représenter Paul le poulpe grâce à son talent pour déjouer n’importe quelle statistique

Une source diplomatique africaine en poste en Chine, le nez pété

« Pékin a très vite compris l’intérêt stratégique que pouvait représenter Paul le poulpe grâce à son talent pour déjouer n’importe quelle statistique », nous glisse un diplomate africain, entre deux coups de bâtons de la police [qui a reçu l’ordre d’imposer une quatorzaine Covid-19 de force à toutes les personnes à peau noire qu’elle croise, NDLR].

« Paul le poulpe s’est ainsi vu offrir le genre de contrat qui ne se refuse pas et a été exfiltré par les renseignements chinois qui l’ont fait passer pour mort aux yeux du reste du monde », poursuit notre interlocuteur, face contre terre, en tentant d’éviter les talons ferrés des bottines d’une douzaine de policiers qui s’est attroupée autour de lui.

Paul le Poulpe, directeur du bureau national des statistiques chinois, en ses bureaux

« Là où la Chine a été en avance sur tout le monde, c’est qu’elle ne s’est pas contentée de recruter le meilleur ‘statistics-killer qui soit’, précise notre source diplomatique africaine, le nez pété dans son masque FFP2 maculé de sang, elle lui a aussi et surtout donné carte blanche pour qu’il crée de la stat comme bon lui semblait ».

Dàng Tòng Qiu, une task-force “mortalité Covid-19” présidée par Paul le poulpe

Fin novembre 2019, les premiers cas de Covid-19 tombent. Le bureau national des statistiques chinois est rapidement prévenu de l’hécatombe à venir et se voit charger par le Comité permanent du Parti communiste chinois de “produire de la stat” Covid.

« Une task-force s’est constituée autour de Paul le poulpe pour traiter spécifiquement des chiffres de la mortalité liée au Covid-19. Ces membres ont été triés sur le volet. Que la fine fleur de la statistique chinoise : 1 panda géant du Gansu, 2 clowns du cirque de Pékin, 1 perruche à collier, ainsi que Jean-Jacques, le soigneur français de Paul, qui n’a pas hésité longtemps à fuir ce qu’il nomme ‘la dictature européiste, immigrationiste et fiscaliste’ qu’est devenue la France » commente Zhi Zi.

Baptisée Dàng Tòng Qiu, Zhi Zi nous explique le fonctionnement de cette cellule de choc. « Tout d’abord, le Comité permanent du Parti communiste chinois a interdit l’utilisation des unités du millier, de la dizaine de milliers, de la centaine de milliers et du million sur l’ensemble du territoire – à l’exception notoire de la Province du Xinjiang afin de pouvoir continuer à comptabiliser le nombre de ces traîtres de Ouïgours internés en camp de vacances », précise-t-elle dans un Turc parfaitement courant.

« Ensuite le Comité permanent s’en est remis aux talents de Paul pour prédire la mortalité Covid. Tous les jours on balançait 2 boîtes au fond de l’aquarium du poulpe, avec sur chacune d’elle un chiffre inscrit entre 1 et 30. Paul choisissait celle qu’il voulait. Ensuite le reste de la task-force devait donner une note artistique entre 0 et 6 à la prestation du poulpe, un peu à l’image des compétitions de patinage artistique. Le chiffre choisi par Paul multiplié par le score de sa note artistique déterminait le nombre journalier de morts du Covid-19 en Chine ».

Ainsi, si Paul le poulpe choisit une boite mentionnant le chiffre 28 et qu’il obtient une note artistique de 5,5 de la part du reste de l’équipe Dàng Tòng Qiu, le chiffre quotidien de morts du Covid-19 sera de 156 (28 x 5,5 = 156) – soit d’ailleurs le nombre de morts quotidiennes du Covid-19 le plus élevé jamais rapporté par l’Empire du Milieu.  

Paul le Poulpe, en pleine production de “stat” mortalité Covid-19

Enfin, le Comité permanent du PCC, aurait en secret assigné un objectif chiffré à Paul le poulpe 10 fois plus ambitieux que pendant la Coupe du Monde 2010, « soit un taux de 0,0391%, qui rapporté à la population de Wuhan (un peu plus de 11 millions d’habitants) équivaut à 4 700 – et voici comment vous obtenez le nombre de décès Covid-19 à ne pas dépasser par la ‘pieuvre marabout’ », estime le diplomate africain depuis sa cellule de 4 m2 qu’il partage avec une quinzaine d’autres Subsahariens.

Il y a 1 mois, Paul le poulpe, lors d’une énième descente dans son aquarium, a acté la fin de la mortalité Covid-19 dans l’Empire du Milieu. À la question ‘il y aura-t-il davantage de morts dues au Covid-19 en Chine après le 20 mars 2020?’, Paul le poulpe eut le choix entre une boîte mentionnant NON et une autre mentionnant NON. C’est le NON qui a finalement emporté les faveurs de l’oracle. Plus aucun mort du Covid-19 n’a depuis été signalé par les autorités chinoises.

Fin avril 2020, le Bureau national des statistiques chinois a rapporté officiellement 4 642 décès du Covid-19 en Chine.

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