Pierre-Hervé Dumas, nouveau King du VC en France, l’air pénétré dans son bureau de la Défense à Paris.

*Venture Capital

N.D.L.R. : C’est dans l’avion de retour du WebSummit à Lisbonne que nous avons eu la chance d’interviewer Pierre-Hervé Dumas, Venture Partner chez LazyBitch et nouveau phénomène du capital risque français.

Propos recueillis par Paul M.


M. Dumas, vous êtes partner dans une entreprise star du capital risque à seulement 25 ans. Comment avez-vous fait pour percer si vite ?

Appelle-moi PH et je te propose qu’on se tutoie, c’est plus fluide. Je crois que j’ai toujours su que j’étais fait pour ce métier. Pour te donner une idée, à 5 ans, quand mes frères et sœurs regardaient le club Dorothée moi je matais Bloomberg en solo dans ma chambre. Tu vois le mindset ? A 8 ans, j’encaissais de la thune de mes cousins pour des bonbons que j’avais pas encore achetés. Je prêtais cet argent à mes copains qui me payaient à leur tour en Malabars. Énorme quand j’y repense. Sorte de produit structuré de bac à sable.

Mmmh. Ca s’apparente plus à une escroquerie qu’à un produit structuré non ?

Yeah, whatever. The point is : je bouffais des bonbons sans débourser un centime, tu vois ? C’est ça le mindset. Faut être bold dans ce monde si tu veux pas te faire croquer.

A 25 ans, tout juste sorti d’HEC Paris, vous faites votre premier exit en vendant le site astikmaGT.com au groupe automobile Lelion et empochez 640 millions. Comment ca s’est passé ?

Je crois beaucoup aux rencontres. Et j’ai eu la chance de rencontrer mon père très tôt. Depuis, on ne s’est plus quittés.

Pierre-Henri Dumas, dit PHD

Ouais on a été vraiment smart sur ce coup. L’idée était toute simple mais super efficace. Avec mes associés, on a fait le constat suivant : quand t’as une voiture de luxe, tu veux pas l’emmener au carwash du coin et bousiller la carrosserie dans les rouleaux à balais. Tu veux pas non plus pourrir tes Weston et prendre de la mousse plein les dents avec le karcher. Parallèlement à ça, tu sais qu’il y a des tonnes de mecs au SMIC qui seraient très contents de bosser pour mettre un peu de ketchup dans leur mousseline. AstikmaGT était née. T’imagines le rêve pour un mec qui arrive pas à se payer une Twingo de briquer une Ferrari à 300k ? C’était le carton assuré.

L’entreprise connaît pourtant un début poussif. Votre application ne voit pas le jour et le chiffre d’affaire ne décolle pas. Au moment de la vente, l’entreprise avait toujours un compte de résultat très négatif. Comment expliquez-vous une telle valorisation ? 

C’est vrai qu’au départ on était super motivés avec mes associés. Et puis il a fallu faire un site web et les choses ont commencé à se compliquer. Faut remettre les choses dans leur contexte, on venait de terminer HEC et on rentrait à peine d’un stage hyper intense dans une boite de FUSAQ à L.A. On avait besoin de se retrouver, de chiller un peu et de reconnecter avec la France. 

Du coup on a fait une première levée de fonds auprès de Lelion. 12.5 millions avec une valo de 27 millions post money. Une super négo, que je cite fréquemment en exemple lors de mes conférences. Avec ça, on a pu se payer un an de conseil chez PWC pour nous créer un business model. On a aussi rencontré de nombreux concessionnaires à qui on a acheté beaucoup de modèles haut-de-gamme pour valider notre proposition de valeur. A la fin on possédait tellement de GT qu’on a racheté des parkings à Vinci pour les garer. C’était épuisant mais on a beaucoup appris. Sur la valo, il faut comprendre une chose. Une startup c’est avant tout une vision. Il faut travailler sur la confiance des actionnaires, c’est capital. Sans mauvais jeu de mot (rires).

Je ne crois pas en la bonne étoile. Pour réussir, tout est affaire de talent.

Pierre-Henri Dumas, dit “Pipi la fraude”

Pourtant, au moment de la vente, votre acquéreur Lelion Holding SA est mise en examen par le fisc pour abus de biens sociaux. La société est en effet détenu à 15 % par votre père Jean Dumas, brillant énarque, qui en est également le Président. Quelle a été votre réaction ?

Quand tu as du succès en France, ça créé de la jalousie, c’est inévitable. Le fisc est venu faire les fouille-merde comme ils savent bien le faire, mais on s’est défendus et l’affaire a été classée sans suite. Sans vouloir paraître cynique, l’argent qui est à tout le monde est à personne. Ça peut paraître choquant mais ce n’est au final qu’une question de point de vue. Et vous savez, si en France on veut nous empêcher de travailler, la terre est grande.

Mais votre entreprise familiale est installée en France depuis 150 ans, vos usines sont françaises et votre marché est à 80 % français ?

“Bonne volonté donne des ailes aux pieds”. C’est notre devise familiale et le pied ailé notre blason. Je n’ai rien à rajouter.

Revenons-en à votre poste chez LazyBitch. Comment êtes-vous rentré dans cette entreprise de pointe ?

Network. Network. Network. C’est la clef. Mes deux meilleurs copains de promos HEC y sont rentrés alors que je montais ma boîte. Dès que j’ai vendu, ils ont su que j’étais libre de tout engagement. Les mecs own le game. Ils ont des oreilles et des yeux partout. Leur boss m’a appelé le lendemain en me demandant si je voulais devenir partner moyennant 200 barres. J’ai tout de suite accepté. Rentrer à 25 ans chez LazyBitch c’est le rêve de tout VC qui se respecte. C’est dur de percer, mais quand t’es successful, toutes les portes s’ouvrent. Le talent ça finit toujours par payer.

Quelle est votre vision du venture capitalisme aujourd’hui et pour les années à venir ?

Il faut que les dirigeants aient fait HEC, l’X ou MIT. C’est l’assurance pour nous qu’ils ont le mindset, qu’on parle le même langage.

Pierre-Henri Dumas, dit “Pipi la fraude”

Ne pas prendre de risque. Ca peut paraitre étrange pour des capital risqueurs, mais la clef c’est d’investir dans ce qui marche. Chez LazyBitch on ne regarde même pas le pitch. On fait de la veille sur les tours de tables. Dès que des gros mettent des tickets, on suit et on double la mise. On fait une due dil (contrôle de diligence) vraiment limitée. Il faut que les dirigeants aient fait HEC, l’X ou MIT. C’est l’assurance pour nous qu’ils ont le mindset, qu’on parle le même langage. Et idéalement, il faut qu’on les connaisse via un partner. C’est rassurant de bien se connaître, ça réduit le risque et fluidifie les échanges.

Et comment est-ce que vous recrutez vos employés ?

On fait une due dil vraiment limitée. Il faut que les employés aient fait HEC, l’X ou MIT. C’est l’assurance pour nous qu’ils ont le mindset, qu’on parle le même langage. Et idéalement, il faut qu’on les connaisse via un partner. C’est rassurant de bien se connaître, ça réduit le risque et fluidifie les échanges.

Et vos partners ?

Là encore, on fait une due dil vraiment limitée. Il faut que les partners aient fait HEC, l’X ou MIT. C’est l’assurance pour nous qu’ils ont le mindset, qu’on parle le même langage. Et idéalement, il faut qu’on les connaisse via un partner. C’est rassurant de bien se connaître, ça réduit le risque. Et puis il faut qu’ils aient des deep pockets, tu vois ? Dans le milieu du VC, tout le monde se connaît, on a souvent grandi ensemble.

Comment vous sourcez votre deal flow d’investissements ?

Chez LazyBitch on a développé une stratégie dite du “honeypot” ou “pot de miel” en français. On fait pitcher tout le monde en agitant le carnet de chèque. Les startupers croient tous que leur idée va les rendre millionnaires, ils ont la dale. Comme personne ne signe de NDA (accord de non divulgation) dans le milieu, ce serait ingérable, on se constitue un sourcing de concepts sans débourser 1 centime. Si il y a des bons dossiers, on passe à des potes de promo qui montent les boites dans lesquelles on investit en seed (investissement de démarrage). C’est pas hyper éthique, mais si les mecs n’ont pas fait HEC, l’X ou MIT, ils ont beau avoir une très bonne idée ça ne suffira pas pour scaler (croissance rapide à l’international). Grâce à nos compétences, on ne fait que valoriser des idées qui seraient perdues pour tout le monde. C’est notre façon de rendre service à la société. 

Une dernière question pour vous Pierre-Henri. Quels seraient vos conseils à tout aspirant VC aujourd’hui ?

Le travail, le travail, le travail. Il faut évidemment faire de bonnes études sinon c’est la galère assurée. Et après faut être smart et bosser dur, ne jamais rien lâcher. Faut bien s’entourer. Un réseau ça se construit et on part tous sur même un pied d’égalité. J’essaye d’être hyper généreux avec les gens que je connais et qui me demandent des conseils. Je connais la valeur que ça a pour eux. L’expérience est faite pour être partagée. Je ne crois pas en la bonne étoile. Pour réussir, tout est affaire de talent.

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