Premier épisode : rencontre avec un virus en mal de reconnaissance.

Par Gwaien Trescadec


Il est le compagnon, le confident, l’amant fiévreux avec lequel chacune et chacun pourrait se blottir sous la couette des jours durant, pour regarder peut-être la filmographie complète de Christophe Honoré. En l’espace de 4 mois, il a su faire frissonner le monde entier. Sur un banc, munis de notre attestation dérogatoire, Sars-CoV-2 accepté de répondre à nos questions.

De passage à Paris, Sars-CoV-2 na pas pu résister à la tentation de se faire tirer le portrait par un dessinateur amateur. Il a tenu à se faire immortaliser prenant un selfie.

Bonjour Sars-Cov-2, c’est un honneur de faire votre connaissance, en demeurant bien sûr à plus d’un mètre et donc protégé, comme l’a si bien préconisé le gouvernement français. D’emblée, je sors un peu des sentiers battus de l’info, mais vous portez vraiment une couronne ?

Vous commencez en effet tambour battant ! Oui je porte une couronne, je suis assez étonné que les media mainstream ne l’ait pas davantage mentionné. Vous autres humains semblez porter assez peu d’importance au comportement des autres vivants, et heureusement pour nous, adressez finalement un intérêt limité aux dynamiques chez les groupes que nous constituons. Sans cette combinaison chez vous de sentiment de supériorité et d’injonction à l’action une fois seulement la catastrophe à l’œuvre, jamais je n’aurais pu prendre un si beau départ.

Il me faut exister face à des bactéries et virus […] qui peuplent le Hall of Fame du pathogène. D’où cette couronne, […] vous me direz ce que vous en pensez, j’ai ramené des photos.

Sars-CoV-2, virus confronté au syndrome de l’imposteur

Revenons à la couronne : il se trouve qu’il y a une assez forte concurrence chez les microorganismes, en particulier les pathogènes. Je parle là d’une concurrence en termes de renommée. Vous pouvez être très virulent, comme l’agent responsable de la maladie du charbon, Bacillus Anthracis, très contagieux comme celui qui cause la rougeole. Le petit plus, c’est si vous pouvez vous asseoir sur une aura multiséculaire, déformée par l’effet du temps. C’est souvent bingo si vous avez cartonné avant la vaccination, car vous jouissez d’une réputation de tueur implacable, qui frappe au hasard et sans discernement … 

Pour en revenir à mon cas : si 150 000 décès en 4 mois constituent un départ correct pour une pandémie, il me faut exister face à des bactéries et virus autrement plus violents qui peuplent le Hall of Fame du pathogène. D’où cette couronne que j’ai choisie, à la manière peut-être d’un rappeur ou d’un catcheur qui se crée un persona.

Famille royale en goguette ? Homme d’affaire sur-occupé ? Hipster en fixie ? Sars-CoV-2 brouille les pistes, brise les codes et les coeurs. Et les poumons. Et aussi le sang, le cerveau, les reins ///
Photo A. Piacquadio

Mais comme je suis un bleu-bite, j’ai un peu tout lancé en même temps et j’ai un peu négligé la création de l’univers qui me correspond. J’ai fait un petit book à mon arrivée à Paris, mais j’ai pas les bons réseaux, vous me direz ce que vous en pensez, j’ai ramené les photos.

Résultat j’ai un blaze assez pourri auprès du grand public et je provoque une maladie dont le nom fait pas rêver non plus… COVID-19 ça tient pas la corde face à “fièvre hémorragique à virus Ebola”.

Ebola, ça raconte une histoire, y a des couleurs, des odeurs, ça t’emmène en voyage… un fleuve qui paresse au travers d’une forêt luxuriante, un vol de chauve-souris dans le frénésie soudaine de la fin de journée, un mec qui mange un porc-épic cru trouvé mort sur le bord d’un chemin…  c’est tout un paysage mental qui apparaît. Et puis ces symptômes ! C’est un feu d’artifice aussi intense qu’éclatant, un geyser cathartique de fluides corporels par tous les orifices. Avouez que quand un malade se met à saigner des yeux, ça met une petite ambiance dans le dispensaire. Tu te retrouves à mi-chemin entre la figure christique et un film de Cronenberg. Sur votre visage, je lis le doute, mais pour un virus qui veut percer dans le milieu, c’est génial.

Rappeler à l’espèce humaine sa place dans le grand puzzle du vivant, venger […] c’était clairement pas l’idée initiale.

En conjuguant pandémie et philosophie, Sars-CoV-2 met fin au faux choix entre le fond et la forme

Vous incriminiez l’espèce humaine d’un manque d’intérêt face aux altérités composant le vivant. En passant de la chauve-souris au pangolin, puis du pangolin à l’homme dans un marché d’animaux sauvages en pleine Chine industrielle, bien loin de votre source, poursuivez-vous un but précis ? Exécutez-vous un plan ? Ou votre émergence revient bêtement au hasard ?

Si vous sous-entendez que je suis là pour une mission messianique, rappeler à l’espèce humaine sa place dans le grand puzzle du vivant, venger Gaïa malmenée par ses enfants… c’était clairement pas l’idée initiale, même si je trouve cette piste du fléau vengeur intéressante à creuser. Imaginez, je recrute quelques icônes malmenées : deux trois poulets psychotiques exfiltrés d’un élevage industriel, un rhinocéros écorné sous opioïdes, il y aurait un pangolin réchappé d’un marché chinois nécessairement, et puis quelques mammifères marins dont la famille a été décimée par la surpêche et consumés par leur désir de vengeance. On crée une franchise type Avengers, sur la base du vivant qui se rebelle. Très bon pour la popularité ça. 

J’ai fait de la muscu en cachette, j’ai un peu tuné mon ARN […] mais à ce stade [je] reste humble face aux 200 millions de morts provoqués par Yersinia Pestis.

Sars-CoV-2, en pleine interrogation sur le pognon lâché en coaching sportif en 2019

Mais la raison de ma présence risque de vous décevoir un peu : mon arrivée parmi vous tient à une petite embrouille avec Yersinia Pestis, selon le nom savant que vous lui avez attribué. On parle de la Peste, là. C’est une bonne copine, mais très grande gueule, qui me chambre depuis des années en me tannant qu’à part faire morver des chauves-souris et des petits mammifères, je suis pas ce qu’on appelle une terreur. Que si je sortais de mon réservoir animal, je contaminerais moins de mille personnes, que je me ferais humilier par les humains de 2020, organisés, équipés et armés de la science. Regardez, c’est un portrait de nous deux début XVIIIe siècle. On peut pas dire qu’elle ait le triomphe facile.

Jeux d’enfants entre Yersinia Pestis et Sars-CoV-2 sur le port de Marseille, auteur inconnu, 1720, gravure au bubon

Donc j’ai fait de la musculation en cachette, j’ai un peu tuné mon ARN et me voilà. J’ai même quelques surprises à sortir de mon chapeau sur le plan épidémiologique, mais je veux pas tout gâcher, j’en garde pour la suite ! Je peux pas dire que je suis déçu, mais à ce stade il faut rester humble face aux 200 millions de morts provoqués par Yersinia. Par contre je suis très agréablement surpris de la réaction de l’espèce humaine, notamment au sein des  sociétés supposées les plus “avancées”.

Vous savez quoi ? Je devais justement retrouver Yersinia dans le quartier. Je lui demande de nous rejoindre on va laver notre linge sale en famille. Alors je vous préviens : si j’hésite encore à vous contaminer pour que vous puissiez tout de même sortir votre papier, elle, n’a plus rien à prouver donc évitez de commencer vos questions en lui faisant remarquer qu’elle ressemble à l’image que vous vous faites d’un biopic de Barbara par Tim Burton, même si vous y pensez très fort.

Tant qu’on est entre nous, vous connaissez un élevage de poulets industriel dans le coin ?

Propos recueillis par Héliacin de Lafroutte

N.D.L.R : Le 17 mars 2020 s’est refermé le cruel piège du confinement sur l’intégralité de la rédaction française des Sunae, alors que ceux-ci étaient en déplacement professionnel respectivement dans les communes de Megève, Dinard et Lège-Cap Ferret. Dans l’obligation de se retrancher dans leurs pied-à-terre situés dans ces déserts médicaux, c’est ainsi à Héliacin, dernière recrue du Club, que sont revenus l’honneur et la chance de briser un terrible isolement pour mener une rencontre inspirante et exclusive avec Sars-Cov-2, responsable de la pandémie de Covid-19 à l’oeuvre, et de passage éclair en France avant une tournée très attendue sur le continent nord-américain et en Afrique. Héliacin n’a pas donné de nouvelles depuis plusieurs jours, mais la perspective de souffler les bougies du deuxième mois de sa période d’essai devrait lui donner un nouveau souffle.

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