Saurez-vous trouver Justin Trudeau caché derrière du pétrole bitumineux albertain?

Entretien avec le Dr Jean-Gustave Fracati*, Psychanalyste

*Directeur de la chaire de recherche sur les névroses obsessionnelles chez les politiques de l’Université d’Ottawa.


Pipeline Keystone XL, en bref (1) : 

  • Engagement financier de plus de 7,5 milliards de dollars CAD du gouvernement conservateur de l’Alberta, qui a en horreur l’intervention de l’état.
  • Exportation annuelle de 300 millions de barils de brut vers le Texas (distance de 1800 km).
  • Malgré son propre décret d’urgence sanitaire, le démarrage des travaux était prévu pour le 1er avril, selon le gouvernement provincial de Jason Kenney.
  • Selon le gouvernement fédéral dirigé par Justin Trudeau, ce projet « cadre avec le plan de lutte contre les changements climatiques du Canada ». 

Entretien réalisé par Timothée Noir

Selon vous Docteur Fracati, d’où vient cette étrange passion qu’entretient Justin Trudeau pour le pétrole bitumineux de la province de l’Alberta ?

Pour moi, il n’y a aucun doute : les chocs pétroliers des années 1970 et la réaction excessivement violente de son papa [Pierre Eliott Trudeau, ancien premier ministre du Canada entre 1968 et 1984, NDLR] à l’époque, alors en position d’autorité politique et familiale, ont marqué à jamais l’esprit du petit Justin. Pour moi, le premier ministre du Canada souffre d’un complexe d’Éther, qu’il entretient allègrement et gave dangereusement. Et pour moi, il n’y a qu’une seule manière d’y remédier : par une déconstruction psychique ludique, en profondeur et empreinte d’amour.

« [Keystone XL] cadre avec le plan de lutte contre les changements climatiques du Canada ».

– Justin Trudeau, en plein délire psychotique

Qu’est-ce que le « complexe d’Éther » et qu’est-ce qui vous pousse à cette conclusion?

Chez les Grecs, Éther était un « dieu primordial », fils des ténèbres et de la nuit – ici, comprendre fils des parents Trudeau (Pierre et Margaret) et, en quelque part, du pétrole bitumineux. Rappelons-nous que Justin avait moins de deux ans lorsque le monde entier sombrait dans les noirceurs abyssales du premier choc pétrolier, en 1973. À la maison, papa Trudeau répétera sans cesse, dans un malheureux vortex colérique qui durera tout près d’une décennie, les termes « crise », « pétrole », puis « fuckin’ Mick Jagger » (2) en présence de son rejeton. Pierre Trudeau, en réponse à ses propres angoisses, avait créé le Programme énergétique national (PÉN) en 1980 (3), soit une politique ambitieuse et agressive mettant au cœur de ses intentions le pétrole bitumineux. Puis est rapidement venue la société d’état Pétro-Canada, le bras phallique du PÉN, qui lui a permis de créer un état pétrolier monstre avec un potentiel de 2 500 milliards de barils enfouis dans le sous-sol albertain, soit suffisamment pour assurer un règne pétrolier au Canada jusqu’en 2250 (4), ainsi que de jeter les bases d’une dynastie politico-pétrolière qui pourrait s’étendre sur deux siècles et demi. Pour moi, aux yeux de Justin – qui comprend parfaitement bien que l’éther de pétrole, communément appelé « essence », est un produit tout aussi nocif pour l’humanité que pour l’environnement –, le bitume canadien est à la fois la réponse à ses démons de jeunesse et l’Hydre de Lerne à affronter. Il vit actuellement un grand choc familio-politico-pétrolier intérieur.

Et quelles en sont les conséquences, à votre avis, Docteur ?

Pour moi, en 2020, Justin souhaite tout simplement poursuivre le schème de son père, malgré le changement d’époque et ses propres envolées vertes, dont tous doutent de la sincérité. Tout récemment, nous avons pu le constater avec l’accueil fort enthousiaste qu’il a réservé à l’annonce de la construction d’un nouveau pipeline qui relirait l’Alberta au Texas, et ce en plein état d’urgence sanitaire, en déclarant, dans un délire psychotique flagrant, que ce projet « cadre avec le plan de lutte contre les changements climatiques du Canada ». Pauvre Justin, j’ai mal pour lui. Paradoxalement, comme il souhaite aussi être un homme de son temps ainsi qu’un capitaine de l’environnement sur Instagram (sans prendre pleine conscience que ses intentions virtuelles, voire imaginaires, doivent se traduire en actions réelles), il souhaite, quelque part au tréfonds de son être, tuer la père de tous ses ennuis politiques : le bitume albertain. Pour moi, il nage ainsi en plein complexe d’Éther et s’englue à vue d’œil.  

Comment va Justin, au final ?

Mal. Très mal, à vrai dire. Pour moi, il est également en plein délire éther-éthique : il broie du noir et se sent (cela sonnera certes étrange pour vos lecteurs) malpropre. Pour lui, le pétrole bitumineux, soit le pétrole le plus sale au monde, est son pire ennemi lorsqu’il est aux côtés de Greta Thunberg, par exemple, la petite sœur qu’il n’a jamais eue, et qu’il peut s’évader pendant quelques instants dans son plan imaginaire, virtuel en quelque sorte, de lutte aux changements climatiques. Parallèlement, le dessein ultime de son papa, que le petit Justin a parfaitement assimilé depuis son enfance ténébreuse et qu’il compte inconsciemment poursuivre, doit à tout prix se transposer sur une échelle temporelle d’un quart de millénaire, soit supérieure à l’entendement humain. Une situation plus que délicate et salissante pour un homme aussi frêle mentalement et intellectuellement.  

Justin souhaite, quelque part au tréfonds de son être, tuer le père de tous ses ennuis politiques : le bitume albertain.

Comment lui venir en aide ? C’est ce que vous proposiez au tout début de notre entretien…

Oui, j’étais d’ailleurs très excité à l’idée de vous le proposer… Pour moi, ça ne peut passer que par un concours de dessin.

Pardon?

Oui, vous aviez bien compris! [Rires.] Pour moi, ça passe par un concours de dessin ludique, profond, et surtout, empreint d’amour. Je profite d’ailleurs de votre tribune pour inviter tous les citoyens du monde, qui ont accès à du papier et des crayons, qu’ils soient réels ou virtuels, à produire des esquisses ou des œuvres achevées sous la thématique « Sauvons Justin Trudeau des ténèbres bitumineuses : imaginons comment consommer 100 % du brut albertain d’ici 2050 », soit, j’espère que vous l’aviez déjà saisi, deux siècles plus tôt qu’anticipé par son père. Pour moi, il s’agit de notre seule avenue envisageable, de notre seule possibilité d’obtenir enfin un plan concret, bien réel, de lutte aux changements climatiques au Canada. Pour moi, c’est une manière efficiente de lui rendre service, de nous rendre service, devrais-je dire, sans le contrarier, ni l’humilier, en allant au plus profond de lui-même et en évitant ce qui serait, pour moi, le pire des scénarios : la passation du complexe d’Éther à l’un de ses rejetons, dont deux sont nés dans la période entourant le dernier choc pétrolier de 2008. Pour moi, l’enjeu ici est dynastique.  

« [Comment lui venir en aide?] Pour moi, ça ne peut passer que par un concours de dessin. »

– Dr Jean-Gustave Fracati

Le mot de la fin, Dr Fracati?

Je le concéderai à Mick Jagger et ce couplet prophétique datant de 1966 : I see a line of cars and they’re all painted black  / With flowers and my love, both never to come back  / I see people turn their heads and quickly look away  / Like a new born baby, it just happens every day. Ah! Et pour moi, mon dessin sera meilleur que le vôtre!

  • Vous souhaitez participer au concours de dessins? C’est par ICI.

(1) https://www.ledevoir.com/societe/environnement/576115/tc-energy-va-de-l-avant-avec-la-construction-de-l-oleoduc-keystone-xl

(2) https://www.cbc.ca/archives/entry/maggie-trudeau-goes-clubbing-with-the-rolling-stones

(3) https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/programme-energetique-national

(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/14/le-dieu-petrole-devore-le-canada-par-nancy-huston_4438049_3232.html  

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