Une reflexion sur l’innovation et l’écologie, à travers les portraits de Thierry de Corporatus, Jose Eduardo, Didier & Loreline

Par le Stagiosse

Par quel cheminement l’homme développe-t-il une conscience éthique ? Quel est le parcours spirituel nécessaire à la transformation d’un égoïste en homme de bien ? Afin de répondre à cette question, le Stagiosse a rencontré Thierry, Partner chez AXA, pour lequel l’essence du changement réside dans l’entreprise. 

Itinéraire d’un Homo corporatus subversif qui a redéfini le lien fondamental entre l’entreprise et la nature, “les deux faces d’un même écosystème terrien“. 

Au commencement, il y a Steve Jobs

Tout a commencé lorsque le beau-frère de Thierry lui a envoyé la vidéo du discours de Steve Jobs, alors atteint d’un cancer irréversible, devant un panel d’étudiants de Stanford.  “Je me suis immédiatement reconnu dans son discours. Stay hungry, stay foolish, c’est tout moi. Quand on parle de business, je n’ai pas peur du risque, et j’ai la dalle !” s’esclaffe Thierry. Dès lors, il nous explique avoir commencé à prendre conscience de l’importance de l’humain dans l’entreprise, s’être sensibilisé aux thématiques RH et participé aux ateliers d’innovation managériale de sa boîte. 

On assure la maison de Monsieur tout le monde et le chat de Madame Michu, mais qui va nous dédommager lorsque l’intégralité des truites de l’océan indien sera gavée de PVC ?

Thierry de Corporatus, partner chez AXA

Il s’est également intéressé à la question environnementale après une expérience traumatisante au cours de ses deux semaines à Bali. “Je nageais dans le plastique, c’était dégueulasse. Les Indonésiens sont accueillants, mais ne respectent pas la nature. Il y a un vrai problème de recyclage des déchets. On bousille la planète et personne chez AXA n’en a conscience. On assure la maison de Monsieur tout le monde et le chat de Madame Michu, mais qui va nous dédommager lorsque l’intégralité des truites de l’océan indien sera gavée de PVC ?”

Exaspéré par l’inaction de ses collègues, il décide de changer son mode de vie. Une Tesla remplace son Audi A6. Il bazarde son vieux PC et achète un MacBook air. Finies les pailles au Starbucks. Finis les sacs plastiques chez Leroy Merlin. Thierry amorce une transformation mentale, un véritable plan de remédiation interne. Désormais en phase avec ses convictions, la quête de la paix intérieure lui apparaît comme une suite logique de son cheminement spirituel.

Introspection mystique au Pérou

Il opte ainsi pour 6 mois de congés sabbatiques dans une retraite ayahuasca au Pérou afin d’effectuer l’introspection mystique dont Jean-Xavier, le chef de produit marketing, est revenu transformé et lui a tant vanté les mérites. “J’y ai rencontré José Eduardo, le Shaman uruguayen, en charge de notre camp” nous raconte Thierry, les yeux brillants. Thierry décrit José comme un homme mystique, qui dit avoir été élevé dans la jungle uruguayenne par des plantes, se nourrissant exclusivement de pelouse et d’engrais bios. 

José Eduardo, shaman uruguayen, ex-agent commercial immobilier reconverti dans les cérémonies ayahuasca

Le début du rituel a été difficile. J’ai eu des hallucinations, mon esprit flottait en apesanteur, je me suis vu errer dans les rayons de Leroy Merlin et en séminaire AXA à Drancy, sans pouvoir regagner mon corps.

Thierry de Corporatus, partner chez AXA

Lors de la cérémonie, le breuvage inca préparé par José ouvre des pans de la conscience de Thierry. “Le début du rituel a été difficile. J’ai eu des hallucinations, mon esprit flottait en apesanteur, je me suis vu errer dans les rayons de Leroy Merlin et en séminaire AXA a Drancy, sans pouvoir regagner mon corps.

J’ai vomi, je me suis chié dessus à plusieurs reprises, puis j’ai perdu connaissance. Après des rêves étranges, je me suis réveillé nu dans le lit du shaman. Impossible de marcher sans douleur les 3 jours qui ont suivi, ce qui est classique lors d’une cérémonie ayahuasca d’après Eduardo, à cause des effets longue durée du DMT sur mon système nerveux.

Je suis sorti de là changé, avec une pleine conscience de mon potentiel humain, et j’ai réalisé qu’il était temps pour moi de sortir de mon égocentrisme, et d’utiliser mon immense talent afin d’aider les autres”.

Thierry prend la pose avec ses nouveaux amis de la retraite Ayahuasca du Condor, située en pleine réserve indigene de Mashco Piro au Perou

Campagnes Clodo-Smile et Soul MacDonald’s

Revenu à Issy-les-Moulineaux, il décide alors de lancer un projet un peu fou au sein de sa boîte: une campagne “clodo-smile”. Le concept est à la fois disruptif et novateur : après chaque pause dej, les membres de son service iront apporter les restes de leur repas aux sans-abris, feront une selfie vidéo dans laquelle chaque sans-logis se présentera sur le format d’un elevator pitch de 30 secondes. Cinq sans-abris seront ensuite short listés pour faire une campagne de communication sponsorisée par la boîte, permettant de sensibiliser les assurés d’AXA à la misère.

Le projet est une réussite. Interviewé par BFMTV suite au succès de sa campagne a Paris, Thierry refuse de se définir en exemple. Il préfère rester humble et se voit davantage comme un influenceur, prouvant que l’esprit startup et l’aide aux plus démunis ne sont pas contradictoires, bien au contraire. 

Il va d’ailleurs lancer un nouveau concept, “Soul MacDonald’s”, ou “Les fast-foods de l’âme” (pour les employés non anglophones) : récupérer tous les restes des fast-foods du quartier, et ouvrir un stand dans l’open space pour permettre aux personnes dans le besoin de venir déguster des restes de Big Macs à prix réduit. Les fonds collectés seront entièrement alloués au développement de l’App, les KFC du cœur, qui permettront de digitaliser les sans-abris avec des coupons discount à l’open space.

Au sein d’AXA, tout le monde se félicite des initiatives de Thierry, et ses collègues l’adulent. Sa vie sociale s’en ressent. Il est régulièrement invité aux dîners du comité de direction, est promu capitaine de l’équipe de futsal, et représente même AXA à des conférences sur l’innovation. “Thierry est notre nouveau champion Ethik’Innov, le label interne donné aux employés qui s’investissent dans des projets à vocation socio-environnementale” explique Didier, responsable du pôle innovation d’AXA depuis trois mois.

Trouver du boulot, une question de mentalité

Surfant sur la vague de Thierry, des initiatives similaires voient le jour dans toute la boite. Didier et sa stagiaire Loreline ont d’ailleurs eux aussi lancé leur projet: du coaching en développement personnel combiné à du CrossFit et des ateliers Zumba pour les chômeurs en difficulté. “Trouver du boulot, c’est avant tout une question de mentalité” explique Loreline. Son livre, 50 squats au réveil, premiers pas pour vaincre l’assistanat, s’est déjà vendu à 27 exemplaires, et elle ne compte pas s’arrêter là. 

Epinger, Loreline (2020). 50 squats au réveil, premiers pas pour vaincre l’assistanat. Paris : Crossfit, 27p.

Je veux faire office de wake-up call pour la France d’en bas. Mes parents ont divorcé après mon Bac, ce que j’ai vécu comme un grand traumatisme. Et hormis payer mes frais de scolarité à la Skema Business School et mes séjours linguistiques, ils ne m’ont jamais vraiment donné de coups de pouce. On peut dire que la vie ne m’a pas fait de cadeaux : j’ai dû partir de rien et trimer pour en arriver là.”

Cette brune pétillante nous explique notamment avoir galéré plusieurs mois pour trouver son premier stage, après avoir dû travailler tout l’été à La Baule afin de payer seule ses cours d’équitation. Si l’émotion dans sa voix est palpable, cette jeune self made woman refuse néanmoins de tomber dans le misérabilisme, et assume une posture de gagneuse, forte d’une expérience de vie riche en épreuves. 

Je suis une vraie chatte, sans jamais en avoir eu. À 26 ans, on peut dire que j’ai déjà vécu 9 vies” nous confie-t-elle malicieusement dans l’open space, entre deux macchiattos latte. Et son objectif dans tout ça ?  “C’est bel et bien de servir d’exemple aux jeunes en difficulté, en les invitant à se bouger pour changer leur vie. Leur faire comprendre que s’ils ne se prennent pas en main, personne ne viendra le faire pour eux“.

“Je suis une vraie chatte, sans jamais en avoir eu. À 26 ans (…) j’ai déjà vécu 9 vies.”

Loreline, stagiaire chez AXA et autrice de “50 squats au réveil, premier pas pour vaincre l’assistanat”

Ses managers abondent dans le sens de ce tableau élogieux. “Loreline? Une fonceuse, l’archétype de la millenniale qui disrupte tout sur son passage. Un fort potentiel axé sur l’humain et l’empowerment, qui réinvente les idées reçues, subvertie les process, sort des cadres et recrée du collectif dans un monde où community management et team building n’ont jamais été aussi cruciaux, en termes d’enjeux et de bonnes pratiques” nous explique Didier avec passion. 

Lolo incarne à elle seule la diversité sociale qu’on souhaite promouvoir au sein d’AXA. On est fiers de l’avoir à nos côtés. Et particulièrement aux afterworks, car sur le dancefloor c’est pas la dernière !” s’amuse également Thierry, qui est désormais son N+8 depuis sa récente promotion.

À 52 ans, séparé de sa femme depuis son dernier séminaire PNL (“de toute façon elle était biodégradable!“, plaisante-t-il avec Didier), il apprécie l’énergie communicative de Loreline, et cultive leur proximité à l’occasion de sessions de mentoring privées le weekend, dans sa maison de campagne en Seine-et-Marne. 

Innover, innover et innover encore

Qu’est-ce qui motive désormais Thierry? “Innover, innover, et innover encore, c’est ça qui me booste. J’ai plein de projets. Mais il est temps pour moi de faire un break. Je retourne demain en retraite méditation à Bali, dans un camp animé par José Eduardo, qui s’est récemment mis au kite surf et a ouvert un magasin de location de quads à Kuta Beach.”

Je remercie Thierry et son équipe pour cette interview inspirante forte en messages et en sens, avant de quitter l’open space avec du baume au cœur.

Sur le retour je me surprends à rêver : espérons que Didier, Loreline, Thierry et José Eduardo ne soient pas les seules étoiles dans cet océan de plastique. 

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