Par Moussounda Thembani

Jean-Eudes ne décolère pas. Cet étudiant en Finance de Marché d’une grande école de commerce à Jouy-en-Josas écoute avec désolation les mesures de confinement prononcées par Emmanuel Macron, précisées le lendemain par le Premier ministre Édouard Philippe et son omniprésent nouveau ministre de la Santé Olivier Véran.

Jusqu’à nouvel ordre et sur tout le territoire, les établissements scolaires seront fermés, les rassemblements de plus de 100 personnes proscrits, tandis que le chef de l’État en a appelé à la responsabilité de chacun pour limiter les déplacements et autres activités non essentielles afin d’aplanir le plus possible le haut de vague épidémique du Covid-19  et éviter ainsi un afflux massif de patients dans les services de réanimation ces prochains jours.

A cause du Covid-19 j’ai dû reporter mes vacances en Colombie

Jean-Eudes, un étudiant en colère

Persécution virologique

Mais voilà, depuis les premières occurrences de ce virus apparu fin décembre 2019 dans la province chinoise du Hubei, Jean-Eudes vit selon lui un « véritable cauchemar, une sorte de persécution virologique qui met en péril tous ses plans de carrière mûris depuis de nombreuses années ». Du haut de ses 22 ans, Jean-Eudes égraine les déconvenues successives qu’il attribue directement ou indirectement au Covid-19. 

« Cela a commencé par l’annulation de mon stage dans le hedge fund ‘Fistinvest’ basé à Shanghaï alors que j’ai passé 7 tours d’entretiens et que nous étions plus de 150 candidats sur la ligne de départ pour 2 retenus. Puis j’ai dû reporter mes vacances en camp de voiles ‘Les Glénans’ en Colombie parce que le pays impose désormais une quarantaine institutionnelle de 14 jours à tous les voyageurs provenant de France. J’ai également dépensé 350 balles pour un billet PSG-Dortmund que j’ai finalement regardé dans mon salon. Enfin, pour couronner le tout, je me suis fait refouler hier de mon cinéma de quartier en raison des mesures disproportionnées prises par notre gouvernement qui panique et en vient à annuler tous les rassemblements culturels. ».

L’amour comme arme ultime contre le Covid-19

Louis-Charles, chirurgien esthétique en plein confinement

Jean-Eudes, pourtant, ne veut pas céder à la panique et fait machinalement défiler les profils de filles sur son appli Tinder en espérant pouvoir « passer du bon temps dès ce soir ».

En dépit des mesures de distanciation sociale préconisées durant l’épidémie « ce sera forcément grâce à l’amour qu’on triomphera de la crise » lâche-t-il laconiquement.  Son père, Louis-Charles, chirurgien esthétique dans une grande clinique de l’Ouest parisien, ne veut pas non plus céder à la panique.

« Je ne suis pas infectiologue, mais la grippe fait chaque année plus de 10 000 morts en France et on en fait pas tout un foin. Du jour au lendemain, ma clinique a activé le Plan Blanc et a suspendu toutes les interventions chirurgicales non essentielles pour libérer des lits. Je me retrouve donc au chômage technique tout comme le reste de mon équipe soit près de 45 personnes. Par contre, les élections municipales, ils n’ont pas jugé bon de les annuler, c’est vraiment deux poids deux mesures ».

Philosophe, Louis-Charles en profite quand même pour joindre l’utile à l’agréable et améliorer son swing de golf, où il passe le plus clair de ses journées désormais. « Ici c’est aéré, on est à distance les un des autres, je ne prends pas de risques inutiles. Après chaque coup sur le putting green, je me lave les mains avec un gel hydroalcoolique que j’ai récupéré à la clinique ».

Alors qu’on le questionne sur sa réquisition probable en cas d’afflux de patients dans les structures de soins les semaines à venir, il coupe sèchement : « Il y a longtemps que je ne sais plus gérer des urgences médicales vitales, et puis le service public est là pour cela. Déjà que je vais pas avoir de revenus pendant 3 semaines, c’est ma façon à moi de payer mon tribut à cette crise, d’être solidaire ». Sans parler de son âge, « j’ai plus de 60 ans et des problèmes de poids, il ne serait pas raisonnable que je sois en contact avec des patients infectés ».

Des secteurs d’activité essentiels qui ne s’arrêteront pas

Sa femme, Philippine, experte en gestion de crise industrielle, n’a pas cette chance. Son employeur, un grand cabinet d’audit américain qui dispose de sa tour dans le quartier de la Défense, laisse le soin à chaque chef.fe d’équipe d’adopter les mesures qu’il ou elle juge le plus judicieux pour protéger leurs personnels en fonction de la charge de travail des différents départements.

« Je travaille sur des dossiers ultra-stratégiques comme sur le “737 max de Boeing” ou encore  “l’affaire de la viande de cheval dans les plats surgelés des marques distributeurs Lidl, Aldi et Picard”. Ces dossiers commandent évidemment une continuité dans le  travail malgré le Covid-19. Pour mon équipe, il n’y a donc aucune mesure de confinement spécifique qui a été prise et je continue les déplacements professionnels aux quatre coins de la France, notamment dans les usines agroalimentaires qui ont bien besoin de notre soutien ».

S’inspirer de l’étranger

Pour la famille de la Baizance, le salut viendra peut-être de l’étranger. Jean-Eudes a en effet décroché un entretien inespéré avec un cabinet de trading de pétrole genevois la semaine prochaine.

«Heureusement, que certains pays comme la Suisse n’ont pas pris des mesures aussi drastiques qu’en France » précise l’étudiant. « On encense souvent à tort le prétendu sens de l’organisation de nos voisins helvètes, mais force est de constater que le bordel ambiant dans lequel est plongé l’exécutif suisse va ouvrir de vraies opportunités pour certaines personnes comme moi ».

Hier, le  Conseil Fédéral a annoncé la fermeture des écoles suisses jusqu’au 4 avril prochain, sauf pour le canton de Genève (jusqu’au 8 avril), sauf pour les cantons de Fribourg, Neuchâtel et Berne (jusqu’au 30 avril), sauf pour d’autres cantons (dates de réouverture à déterminer) – chaque canton, système confédéral oblige, pouvant décider de faire comme il l’entend.

Pour ajouter à la précision ambiante digne du meilleur de leur industrie horlogère, le Conseiller fédéral Alain Berset  a indiqué à la Radio Télévision Suisse (RTS) le 15 mars 2020 « que les écoles seront fermées à partir de lundi 16 mars, mais qu’elles resteraient ouvertes pour accueillir des enfants pour les parents sans solution de garde ».  

Jean-Eudes qui n’a de cesse de louer le système social suisse depuis que ses grands-parents s’y sont réfugiés en juin 1945 entrevoit déjà le bout du tunnel de ce côté-là des Alpes. « Nos dirigeants français devraient s’inspirer de la flexibilité de leurs homologues bernois : fermer les écoles tout en les maintenant ouvertes, confiner la population tout en leur permettant d’aller dehors, empêcher les déplacements en transport public tout en renforçant l’offre de train, de bus et de tramway, voilà qui est logique et non attentatoire  à nos libertés fondamentales, notamment notre liberté d’entreprendre ».

Le Covid-19, peut en soi constituer une opportunité non seulement pour traiter de la question des fins de race, mais également régler l’épineux dossier des personnes qui vouent notre système social aux gémonies

Encourager l’émigration des fins de race et faire preuve de solidarité

Dans ce cadre, la France pourrait-elle envisager de faciliter l’émigration de ses derniers représentants de fins de race vers un pays qui les a toujours accueillis à bras ouverts?

C’est en tout cas une question sur laquelle planche actuellement l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII). « Le Covid-19, peut en soi constituer une opportunité pour traiter non seulement de la question des fins de race, mais également régler l’épineux dossier des personnes qui vouent notre système social aux gémonies » confie sous couvert d’anonymat un haut responsable de l’OFII.

« Ceux qui ont toujours vomi notre système de santé, de sécurité et de solidarité sociales, ont cette occasion unique d’aller éprouver les systèmes moins généreux de pays tels que la Suisse où les États-Unis qu’ils ont toujours vénérés pour leur libéralisme et leur flexibilité. Il est temps pour eux d’assumer. S’ils en font la demande, nous les aiderons dans leurs démarches d’émigration. S’ils préfèrent rester et ‘profiter’ du système comme ils aiment le répéter, nous leur tendrons la main  en espérant qu’ils soient touchés par notre élan de solidarité » poursuit notre interlocuteur.

Si elle se prépare à affronter des semaines difficiles, la France pourrait néanmoins sortir renforcée de cette crise inédite en remettant la solidarité et la responsabilité collective au coeur de son contrat social. Quant aux  de la Baizance, ils préfèrent attendre et voir venir les prochains jours avant de prendre la décision de s’expatrier ou non en Suisse.

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