Cinéma

Dans la lignée de Roma et de Casa de Papel, Netflix réussit le tour de force d’aseptiser un peu plus l’industrie cinématographique avec IO. Au risque d’oublier que le trop d’hygiène est dangereux pour la santé et notre époque. Gilles Hegeonne sonne la révolte en nous invitant à boire des règles, bouffer des poils et lécher des aisselles suantes à grosses gouttes plutôt que de consacrer du temps et de l’argent à Netflix ou à ses petits copains GAFA.

Par Gilles Hegeonne

Je vous conseille vivement de regarder IO. Après Roma et la Casa de Papel, ce chef d’œuvre de Netflix est tout doucement en train d’inaugurer ce que sera le « cinéma » de demain.

On regardera les films chez soi, après avoir commandé un repas exotique sur Uber Eats et avoir eu son petit moment consumériste lors de la réception de tennis livrées par Amazon, parfaitement adaptées à nos pieds grâce au simulateur virtuel de notre téléphone portatif et intelligent qui les aura mesurés en 3 dimensions.


IO, Roma, Casa de Papel (…) [sont] des récréations [pour] classes moyennes et supérieures qui se rejoignent pour oublier les aspérités amères de leurs petites existences standardisées.

Gilles Hegeonne

Netflix aura alors définitivement supplanté les majors d’Hollywood, condamnés par l’ironie de l’histoire à du cinéma d’essai d’art. Les films d’auteur de naguère aux difficiles césures auront leur vengeance. Nous regarderons désormais les productions de la Gaumont et d’Universal dans d’obscures salles porno après avoir fait la queue à une heure non choisie et où la nourriture et l’alcool, indispensable carburant du divertissement interdit, se limitera à de la Smirnoff, du pop-corn et des sucreries industrielles.

Quel délice de se glisser quand on veut sous ses couvertures après son travail inutile, de recevoir par drone un Nasi Goreng au goût authentique car mitonné par de vrais immigrants sous-payés et de se plonger dans une fiction qui nous retrace à coups de longs travellings le Mexique des années 70 par grand écran interposé. En plus, on m’a dit que Roma a raflé tous les oscars. L’Italie, le Mexique et l’Indonésie reproduits par les États-Unis, dans mon lit. Comme je me sens intéressant grâce à ces trans-fusions.

Je vis une époque formidable. Grâce à internet et la logistique efficiente, le monde est définitivement mon huître.

Só que não…, comme dirait mon voisin brésilien.

Netflix, Uber et Amazon, les 3 mastodontes de demain qui ne seront bientôt qu’un dans ce mouvement googléen, nous vendent de l’authenticité algorithmique, du dépaysement universel, du voyage instantané.

Quid de l’attente, quid de la frustration, quid de la surprise, de la déception ?

Car tout est fait pour nous plaire tout de suite, tout est analysé, notre enthousiasme est calculé et nous ne sommes jamais vraiment déçus. Ce serait un drame à l’heure de la réclamation en ligne viralisante et des Business Plans bien ficelés et clients-centrés.

Mais tout cela manque singulièrement de couilles, de bites, de chattes, de nichons. Et de poils surtout.

C’est comme Tinder : le nichon choisi et trop accessible, non merci. Je préfère me souvenir de Marta, une Roumaine de mes vingt ans que j’ai du baratiner une après-midi entière dans le car avant de pouvoir l’embrasser et lui retirer sa robe à fleurs pour enfin découvrir ses aisselles poilues et non désodorisées.


Quelle délice de recevoir (…) par drone un Nasi Goreng au goût authentique car mitonné par de[s] immigrants sous-payés

Gilles Hegeonne

C’est l’attente qui nous marque, pas l’instantané. C’est la lutte qui nous fait jouir, pas le prêt-à-porter.

IO. Le casting est trop parfait, même dans la recherche de défauts volontaires. Les acteurs semblent perdre leur humanité dans ce stylisme travaillé, où même l’usure du sac à dos en cuir de l’acteur métissé-mal-rasé-désabusé semble surfaite.

Les acteurs ont beau avoir des traits de caractère exacerbés pour pimenter une trame narrative plate comme la Belgique, leurs paroles se perdent dans un décor dont le bric et le broc sonnent faux sous l’effet du désordre calculé. On nous fabrique de l’authenticité. On nous cosmétique. Où es-tu, Marta, toi qui musiques, toi que je mélodie ?

À force de sophistication perfectionniste, les aspérités disparaissent, tout devient lisse comme un Palmolive, l’histoire devient insaisissable et chiante, l’action s’anéantit dans un mouvement d’entropie commerciale.

Alors oui, je vous le dis, la Casa de Papel, Roma et IO sont des énormes merdes insipides et pseudo-profondes agrémentées d’acteurs trop beaux, trop originaux et jouant trop bien car ne jouant pas. Rien ne dépasse dans ces créations non créatives et esthétisantes, dans ces récréations des classes moyennes et supérieures qui se rejoignent pour oublier les aspérités amères de leurs petites existences standardisées.

Alors oui, je vous le demande : sommes-nous condamnés à bouffer de la merde numérique pour nous diriger aveuglément vers l’idiocratie ?

Vive le cathodique, vive la pellicule, vive la bande, vive la manivelle, vive la sueur !

Révoltons-nous, touchons-nous, aimons-nous pour de vrai, faisons l’amour, bouffons des poils, buvons nos règles !

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