Manifestation du mouvement des gilets jaunes, au carrefour de l’Espérance, à Belfort, le 17 novembre 2018.

Opinions

Ne pensez-vous pas que, quoique l’on en dise, le gilet jaune est extrêmement inélégant, et pas uniquement au sens figuré ? Réflexion de riche, me direz-vous ? Oui. J’aimerais l’être, mais j’assume ma condescendance et ma part de mépris.

Convenons-en : le gilet porté sans veste est déjà en soi un outrage. Mais le gilet sans manches, sorte de marcel à boutons, a tout de la fripe du ladre, du vilain haillon.
Je ne parle même pas du jaune, ni des velcros, ni même des bandes fluo, ces agressions visuelles, ces tapages de surface.


Le gilet sans manches, sorte de marcel à boutons, a tout de la fripe du ladre, du vilain haillon.

Gilles Hegeonne

Parlez-moi des sans-culottes ou des jeans pattes d’eph, certes éphémères, mais agréablement marquantes. Il soufflait un vent de liberté dans ces vêtements révolutionnaires.

Le gilet jaune sent la soumission aux règles, le renoncement. On l’associe au rangement de portière ou au coffre d’une voiture (en général Diesel) où il attend bêtement l’accident à côté du triangle de signalisation, son pote accessoire du code la route. Il sent le gasoil, l’huile de vidange, le parfum qui pend au rétroviseur et les sandwichs d’autoroute.

Quelle déprime !

Pas de projet, pas d’idée, juste une basse soumission, un attentisme benêt, une dépendance totale à son maître qui ne l’utilise que pour se soumettre (au Code de la route).

Un Gilet Jaune en grève de la mode réclamant plus d’asphalte au gouvernement

Son maître sans pouvoir lui ressemble, il émane de sa personne juste un ras le bol déprimé face aux défis de notre époque accélérée. Il y a des accidents, des défis, des conflits, des révolutions en cours, des migrations, des gens qui crèvent la dalle ou qui meurent sous les bombes, mais moi je me mets sur le bord du route et je demande de l’aide. La Corrèze avant le Zambèze.

À qui ? À mon chef, à mon Maire, à mon Président. À l’État, toujours l’État.

Quelle déprime !

Achète-toi un costard, bouge ton cul et monte ta start-up dans l’intelligence artificielle, c’est l’avenir, a envie de lui dire le Président entre deux virées internationales pour lesquels les puissants comme lui s’envoient en l’air en Airbus public et particulier et s’arrosent au Dom Pérignon. Ou trouve-toi un deuxième boulot comme aux States, vu que tu ne bosses que 36 heures. Et si tu es au chômage depuis 10 ans, commence par t’acheter des dents, comme pourrait le dire Hollande.


Le monde s’enrichit dans l’inégalité, mais au lieu de me retrousser les manches dans le pays le plus égal du monde, j’enfile bêtement mon gilet pour protester contre l’augmentation du Gasoil.

Gilles Hegeonne

La dépendance t’a fait perdre toute dignité, toute énergie. L’ultra-imposition nécessaire à ton entretien complet et à l’illusion de l’égalité t’a rendu addictif et impuissant. You are waiting for your man, comme diraient les Velvet Underground. Tu as envie de le dire Emmanuel, mais il faut bien faire sa part du job et faire acte de contrition dans la boîte à cons pour les cons, la Télévision France numéro 1.

Alors tu le dis et tu le penses un peu aussi. C’est quand même pas facile de ne gagner que deux SMIC quand on est un couple avec trois gosses ou une retraite pas glorieuse érodée par la CSG pour aider encore les plus pauvres.

Le système de retraite par répartition français est un des plus généreux au monde et des plus subventionnés ? Le SMIC est en pouvoir d’achat le meilleur salaire horaire minimum au monde ? Oui, mais cela n’est jamais assez quand on a été habitué à téter toute sa vie et qu’on reste dans sa bulle.

On en veut toujours plus, on veut être encore plus biberonné et donc régulé, ponctionné pour pouvoir râler sur l’éternel pourvoyeur et bouc émissaire qu’est l’État.

La terre brûle, le monde s’enrichit dans l’inégalité, mais au lieu de me retrousser les manches dans le pays le plus égal du monde, j’enfile bêtement mon gilet pour protester contre l’augmentation du Gasoil tout en râlant contre la disparition de la poste dans mon village de 300 habitants.

Il faut savoir ce que tu veux Jean-Claude.

Moi, en tout cas, j’ai rien compris.

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